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serard@dev00:~/cv

Ce que l'accès de Qwant à Bing et Bing Ads a réellement pu coûter

Conclusion

Les pièces disponibles ne permettent pas de chiffrer le montant effectivement payé par Qwant à Microsoft depuis 2013. Elles permettent en revanche d'écarter comme paiement réel démontré le chiffre de 1,122 milliard de dollars avancé dans les deux notes préparatoires.

Ce milliard résulte de l'application d'un tarif public de 7 dollars pour 1 000 appels à des volumes de requêtes dont une partie est extrapolée. Or :

  1. le tarif public d'une API n'est pas le tarif d'un contrat de syndication négocié entre deux moteurs ;
  2. depuis 2016, le modèle Qwant-Microsoft associe résultats organiques et publicités, avec partage des recettes ;
  3. l'Autorité de la concurrence rapporte en 2025 que, dans ce modèle, les résultats organiques sont fournis « pratiquement gratuitement » en contrepartie des recettes de Microsoft Advertising ;
  4. le partage des recettes exige de mesurer et d'attribuer les clics sur les annonces, tandis que l'appel Bing Ads transmet dès la recherche la requête, le User-Agent, le Referer et l'IPv4 tronquée en /24 ;
  5. les comptes sociaux reproduits par Diane rendent impossible l'inscription d'une charge Microsoft de 18,2 millions de dollars en 2016 : tous les autres achats et charges externes de Qwant réunis ne s'élevaient qu'à 2,362 millions d'euros.

Le coût pertinent n'est donc pas nombre de recherches × tarif public. À partir de 2016, il faut raisonner en économie nette du contrat :

prix négocié du traitement des requêtes - part des recettes publicitaires reversée à Qwant

Les taux contractuels sont confidentiels dans les sources examinées. Le coût exact demeure donc non déterminable, mais son ordre de grandeur est comptablement borné pour 2014-2016.

1. Trois objets différents que les notes préparatoires confondent

Les fichiers Calcul du coût d'opportunité Qwant global et Construction mathématique du coût d'une SERP Qwant rapprochent trois mécanismes distincts.

Mécanisme Ce que Microsoft fournit Flux financier vraisemblable Peut-on appliquer le tarif public de l'API ?
Bing Search API publique Résultats organiques à un développeur ou à un éditeur de site Le client paie un abonnement ou un prix par volume Oui, uniquement comme scénario catalogue et pour l'offre correspondante
Contrat de syndication entre moteurs Résultats organiques et, selon le contrat, résultats payants Prix négocié des requêtes et partage des recettes publicitaires Non : le tarif et l'équilibre économique sont négociés
Bing Ads / Microsoft Advertising Annonces liées aux mots-clés et enchères publicitaires L'annonceur paie ; Microsoft et le moteur partenaire partagent les recettes Non : l'API publicitaire n'est pas une seconde API de résultats facturée 7 dollars pour 1 000 recherches

Cette distinction change toute l'analyse. Bing Ads n'est pas seulement un coût d'accès ajouté à Bing Search : c'est la face rémunératrice du contrat. Qwant affichait les annonces de Microsoft et recevait une part des revenus produits par les clics.

La décision 25-D-08 de l'Autorité de la concurrence du 27 novembre 2025 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/integral_texts/2025-12/25d08_0.pdf (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) décrit précisément ce fonctionnement :

  • Microsoft met à disposition une API Bing Search pour les résultats organiques et une API Bing Ads pour les résultats payants ;
  • les moteurs partenaires paient un prix négocié pour le traitement des requêtes ;
  • les revenus des clics publicitaires sont partagés entre Microsoft et le partenaire ;
  • les résultats organiques sont fournis « pratiquement gratuitement » lorsque l'accord comporte Microsoft Advertising ;
  • l'option « résultats organiques seuls » est plus chère ; Qwant ne l'a pas choisie ;
  • l'exclusivité publicitaire est présentée comme la contrepartie des conditions préférentielles accordées à Qwant.

Le communiqué de l'Autorité (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/communiques-de-presse/secteurs-de-la-syndication-de-resultats-de-recherche-et-de-la-publicite-en (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) situe le recours de Qwant à la technologie Microsoft depuis 2016 au sens du contrat examiné. Cela ne nie pas les indices d'une utilisation de résultats Bing dès le lancement de 2013 ; cela impose de distinguer une première phase d'accès technique et la phase contractuelle de syndication couplée à la publicité.

Le partage des recettes suppose nécessairement de suivre et d'attribuer le clic

La phrase « Qwant recevait une part des revenus produits par les clics » a une conséquence technique directe. Pour calculer la somme revenant à Qwant, le système publicitaire doit au minimum pouvoir établir :

  1. qu'une annonce Microsoft Advertising a été affichée sur Qwant ;
  2. qu'un clic déterminé a porté sur cette annonce ;
  3. que ce clic provient de l'inventaire publicitaire attribué à Qwant ;
  4. quel montant ce clic a produit ;
  5. quelle part doit être reversée à Qwant.

Il s'agit bien d'un suivi d'événement publicitaire et d'une attribution du clic. Cette constatation ne prouve pas, à elle seule, que Microsoft connaissait l'identité civile de l'internaute ni qu'un profil nominatif était constitué. Elle établit cependant que le système ne pouvait pas fonctionner comme une succession d'événements totalement anonymes et impossibles à relier : sans corrélation entre annonce, clic, partenaire et recette, aucun partage financier n'aurait été calculable.

Le chaînage documenté ou nécessaire au fonctionnement économique est le suivant :

Utilisateur sur l'interface Qwant
        |
        | saisit sa recherche
        v
API Qwant
        |
        |---> Bing Search : résultats organiques / SERP
        |
        `---> Bing Ads : requête + User-Agent + IPv4 /24 + Referer + marché
                         |
                         | annonce affichée dans l'interface Qwant
                         v
                    clic publicitaire
                         |
                         v
              attribution Microsoft Advertising
                         |
                         v
                  partage de la recette

Le point chronologique est essentiel : le flux vers Bing Ads intervient dès que l'utilisateur effectue sa recherche, lorsque search_ads.php construit l'appel à l'API publicitaire. L'utilisateur n'a encore cliqué sur aucune annonce et n'a pas quitté l'interface Qwant. Pourtant, la requête et les quasi-identifiants nécessaires au service publicitaire ont déjà été communiqués à Microsoft.

L'historique Git analysé dans De l'alerte publique à l'alerte interne montre en effet que le code ajouté le 17 juin 2016 :

  • place les mots-clés recherchés dans le paramètre q de l'API Bing Ads ;
  • recopie le User-Agent de l'utilisateur dans l'appel sortant ;
  • place l'adresse client transformée dans l'en-tête X-Search-ClientIP ;
  • remplace uniquement le dernier octet d'une IPv4 par 0, transformant A.B.C.D en A.B.C.0 et conservant donc le préfixe /24 ;
  • ajoute le Referer, présenté avec l'adresse IP et le User-Agent comme un en-tête exigé par Bing Ads ;
  • transmet également la locale et le marché.

Le code porte explicitement le commentaire :

// Bing Ads required headers:
// Referer, IP address, User agent

La formulation rigoureuse est donc que Bing Ads exigeait une adresse IP parmi ses en-têtes et que Qwant choisissait de transmettre une IPv4 tronquée en /24. Les pièces examinées ne montrent pas que le contrat exigeait spécifiquement cette troncature ; elles montrent que le flux réellement préparé par Qwant associait le préfixe /24 au User-Agent, à la requête et à sa provenance.

Microsoft Research avait quantifié dès 2012 le pouvoir de suivi de User-Agent + IP /24

Cette combinaison n'était pas inconnue ou réputée inoffensive en 2016. Le 8 février 2012, des chercheurs affiliés à Microsoft Research Silicon Valley et à Microsoft Corporation ont présenté à NDSS l'étude Host Fingerprinting and Tracking on the Web: Privacy and Security Implications (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.ndss-symposium.org/ndss2012/ndss-2012-programme/host-fingerprinting-and-tracking-web-privacy-and-security-implications/ (ouvre dans une nouvelle fenêtre)).

L'étude exploite notamment un mois d'événements de recherche collectés par Bing en août 2010. Ce jeu contenait le User-Agent, l'adresse IP, l'horodatage et un identifiant de cookie persistant. Les chercheurs ont comparé la capacité de plusieurs empreintes à reconnaître et suivre un même hôte :

Empreinte étudiée Précision Rappel Portée
User-Agent seul 62,01 % 72,11 % Le navigateur seul possède déjà un pouvoir distinctif important
User-Agent + IP complète 80,62 % 68,84 % Environ quatre empreintes sur cinq correspondent à un seul hôte dans la validation
User-Agent + préfixe IP /24 79,33 % 69,43 % La troncature du dernier octet réduit à peine la précision
Cookie 82,35 % 68,64 % Le couple UA + IP /24 atteint presque la précision d'un cookie

Le chiffre exact pour le couple transmis par Qwant n'est donc pas « plus de 80 % », mais 79,33 %, soit environ 80 %. Le seuil de 80 % est dépassé avec l'IP complète : 80,62 %. Cette distinction renforce la crédibilité de l'analyse.

Il serait également imprécis de qualifier 79,33 % de « taux d'identification civile ». L'étude mesure la précision avec laquelle une empreinte correspond à un même hôte matériel, validé par un identifiant matériel Windows Update. Elle démontre une capacité d'individualisation technique et de corrélation d'événements, pas la découverte automatique du nom et du prénom.

Mais c'est précisément pourquoi cette étude détruit la prétention à l'anonymat. Les auteurs concluent qu'ajouter un préfixe IP, même grossier, au User-Agent porte la précision à environ 80 % et avertissent que les techniques dites d'anonymisation qui conservent le préfixe IP peuvent conserver un pouvoir distinctif. Ils constatent aussi que des utilisateurs peuvent encore être reconnus après avoir supprimé leurs cookies ou utilisé la navigation privée.

Au sens de l'avis 05/2014 du G29 sur les techniques d'anonymisation (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.cnil.fr/sites/default/files/atoms/files/wp216_fr.pdf (ouvre dans une nouvelle fenêtre)), l'anonymat ne dépend pas seulement de l'absence de nom civil. Il faut notamment empêcher raisonnablement :

  • l'individualisation d'une personne ou d'un terminal dans un ensemble ;
  • la corrélation de plusieurs enregistrements relatifs au même individu ;
  • l'inférence d'informations supplémentaires.

Le couple IP /24 + User-Agent, associé ici à la requête, au Referer, au marché, à l'horodatage implicite de l'appel et aux événements publicitaires, échoue au moins aux deux premiers tests. Microsoft disposait en outre de ses propres journaux Bing et Advertising, dans lesquels annonces, clics et identifiants techniques pouvaient être rapprochés. Cela ne prouve pas qu'une réidentification nominative particulière a effectivement eu lieu ; cela établit que l'impossibilité raisonnable de corrélation exigée pour parler d'anonymat n'était pas démontrée.

La lettre de clôture de la CNIL du 10 février 2025, analysée dans le dossier, confirme finalement la qualification correcte : les données transmises à Microsoft ne pouvaient pas être qualifiées d'anonymes et le terme pseudonymes était plus exact. La CNIL a également constaté que la finalité publicitaire de la transmission n'était pas mentionnée dans la politique de confidentialité.

La promesse d'anonymat était donc contredite avant même le premier clic

La contradiction ne naît pas seulement lorsque l'utilisateur clique sur une publicité et quitte Qwant. Elle existe dès la recherche :

  • l'utilisateur interagit encore exclusivement avec l'interface Qwant ;
  • Qwant reçoit nécessairement la connexion et dispose de l'adresse IP complète au niveau de son API ;
  • Qwant transmet à Bing Ads la requête et une empreinte composée notamment du User-Agent et de l'IPv4 /24 ;
  • Microsoft Research avait déjà montré, quatre ans plus tôt et sur des données Bing, que cette empreinte permettait de distinguer un hôte avec une précision proche de 80 % ;
  • si une annonce est ensuite cliquée, l'événement doit être attribué à l'inventaire Qwant pour produire et partager la recette.

Le clic ajoute donc une nouvelle possibilité de corrélation à un flux qui n'était déjà pas anonyme au moment de la requête. La formulation probatoire la plus solide est :

Le modèle économique fondé sur le partage des recettes Microsoft Advertising supposait d'enregistrer et d'attribuer les clics effectués sur les annonces affichées par Qwant. Cette attribution s'ajoutait à la transmission, dès la recherche et avant toute sortie de l'interface Qwant, de la requête, du User-Agent, du Referer et d'une adresse IPv4 tronquée en /24. Microsoft Research avait établi dès 2012, à partir de journaux Bing, que le couple User-Agent + IP /24 permettait de reconnaître un même hôte avec une précision de 79,33 %, presque équivalente à celle d'un cookie. Même sans identité civile directement transmise, cet ensemble permettait l'individualisation et la corrélation d'événements : il ne constituait pas un flux anonyme, mais un traitement de données pseudonymes à finalité publicitaire.

2013-2015 : accès aux résultats Bing, contrat exact inconnu

Qwant est lancé publiquement en février 2013. Les analyses techniques du dossier, notamment Qwant ou Xilopix : exister d'abord, ou construire d'abord et Qwantify en 2014 et 2015, documentent la différence entre disposer d'un crawler et disposer d'un moteur Web autonome effectivement relié aux requêtes.

Les volumes publics retrouvés sont des déclarations de Qwant reprises par la presse :

Année Volume public retrouvé Nature de la donnée Coût réel Microsoft
2013 507 millions de requêtes Chiffre attribué à Qwant par Presse-citron Non publié
2014 1,6 milliard de requêtes Chiffre attribué à Qwant par Le Monde, repris notamment par Journal du Geek Non publié
2015 Aucun total annuel suffisamment étayé dans les sources examinées Ne doit pas être interpolé Non publié

En 2012, au lancement de l'offre payante Bing Search sur Azure Marketplace, le tarif public rapporté commençait à 20 dollars par mois pour 10 000 requêtes et atteignait 5 000 dollars par mois pour 2,5 millions de requêtes, soit environ 2 dollars pour 1 000 requêtes au palier supérieur. Ce barème peut servir de contrefactuel catalogue pour 2013-2014, mais pas de preuve du prix négocié par Qwant.

Année Requêtes déclarées Scénario catalogue à 2 USD / 1 000 Ce que montre Diane
2013 507 000 000 1,014 M USD L'exercice 2013 n'apparaît pas dans le rapport Diane fourni
2014 1 600 000 000 3,200 M USD Tous achats et charges externes : 1,692 M€
2015 Non établi Non calculable Tous achats et charges externes : 2,350 M€

Le rapprochement de 2014 est déjà instructif : le coût catalogue théorique de 3,2 millions de dollars dépasse très largement l'enveloppe comptable de 1,692 million d'euros contenant tous les prestataires, loyers, hébergements, honoraires, services et achats externes de Qwant. Sous réserve des différences de change et de périmètre, ce seul constat montre que Qwant ne pouvait pas payer le plein tarif catalogue pour toutes les recherches déclarées.

Deux explications non exclusives restent étayables :

  1. Qwant bénéficiait déjà d'un tarif négocié très inférieur au catalogue ;
  2. les volumes publics de recherches ne correspondaient pas exactement au nombre de transactions API facturées.

Le code étudié comporte aussi une logique de cache placée avant la branche de routage. Son existence constitue donc une troisième explication possible à l'écart entre recherches publiques et transactions API, même si les conditions Bing Search API datées du 12 juin 2015 et reproduites dans une capture du 6 mai 2016 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://www.carahsoft.com/buy/gsa-schedule-contracts/approved-csas/docFileDownload/286450/7184/21444653/0#page=15 (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) limitaient fortement la copie, le stockage et la mise en cache des résultats. La règle contractuelle ne prouve ni l'absence matérielle du cache ni son taux d'utilisation. Les configurations, journaux et clauses applicables au contrat négocié sont nécessaires pour mesurer son effet et apprécier sa conformité.

2016 : bascule documentée vers Bing Ads et la syndication rémunérée par la publicité

L'année 2016 constitue la rupture importante :

  • Qwant revendique 2,6 milliards de requêtes sur l'année ;
  • le code analysé dans l'alerte interne construit des appels à Bing Ads ;
  • le contrat examiné plus tard par l'Autorité associe résultats organiques, résultats payants, exclusivité Microsoft Advertising et partage des recettes ;
  • Microsoft lance en juillet 2016 ses nouvelles API Bing Search dans Azure Cognitive Services et programme l'arrêt des anciennes offres Azure Data Marketplace au 15 décembre 2016.

La chronologie interdit donc d'appliquer mécaniquement un prix unique à l'intégralité de l'année : le volume de 2,6 milliards couvre douze mois, tandis que les éléments relatifs à Bing Ads et à la nouvelle offre se situent en cours d'année.

En décembre 2016, tous les résultats Web du chemin contrôlé sont d'origine Bing ; les appels facturés restent à compter

Le dossier technique distingue deux questions :

  • le code de routage décrit dans l'analyse forensique Git envoyait une locale vers WebBrain seulement si elle figurait dans webBrainLocales ;
  • le commit du 29 juin 2016 vide cette liste ;
  • le 8 juillet, 7354507 ajoute fr et de sur develop, puis 0754dad les commente trois heures plus tard ; les deux états sont intégrés ensemble avant le tag suivant et aucun tag master contrôlé ne contient l'état actif intermédiaire ;
  • search_service.php consulte auparavant un cache partagé et search_web.php fixe sa durée à sept jours ;
  • une réponse servie par le cache peut éviter un nouvel appel, mais ce cache a lui-même été alimenté par un résultat Bing sur le chemin analysé ;
  • l'existence de traces du crawler Qwantify en 2014-2015 ne prouve ni un index Web servi, ni un classement autonome utilisé dans ce chemin.

Git ne démontre donc aucune activation de WebBrain en production. Dans les versions master étiquetées des 2, 9 et 22 décembre 2016, la conclusion est certaine dans le code : 100 % des résultats organiques Web non vides servis par ce chemin ont une origine Bing, directement ou depuis le cache alimenté par Bing. Le cache réduit le nombre d'appels réseau ; il ne constitue jamais une source de résultats indépendante. Il n'est pas nécessaire de postuler un cache WebBrain antérieur, puisque aucun tag master contrôlé ne montre ce routage actif.

Cette conclusion ne vaut pas littéralement pour toute l'année civile : Yahoo BOSS subsistait en repli jusqu'au 24 mars. Les branches de travail de juin et juillet montrent du code permettant d'appeler un endpoint nommé WebBrain, mais ni les objets Git ni les tags ne prouvent son usage en production. L'origine Bing est sans ambiguïté dans les tags de décembre, sous réserve de leur déploiement et de leur périmètre.

Les conditions publiques Bing Search API de 2015 limitaient fortement le cache réutilisable. Le cache partagé de sept jours paraît difficilement conciliable avec l'exception temporaire prévue par ces conditions si elles étaient applicables à Qwant ; le contrat négocié de 2016 manque pour conclure à une violation.

La conséquence pour le calcul est différente de la conclusion d'origine : le code ne donne pas le taux de succès du cache, le nombre d'appels réseau, le nombre de transactions facturées ni les serveurs sur lesquels ces tags étaient déployés. Ces points doivent être établis par les configurations, artefacts, journaux et documents contractuels. Ils concernent le coût, non la provenance Bing des résultats dans le chemin contrôlé.

2017-2018 : forte croissance déclarée, sans publication du prix contractuel

Les notes préparatoires retiennent 9,7 milliards de requêtes en 2017 et 18 milliards en 2018. Le communiqué Microsoft-Qwant de mai 2019 confirme que Qwant déclarait avoir traité plus de 18 milliards de requêtes en 2018.

Ces volumes ne révèlent pourtant pas le coût :

  • une recherche utilisateur n'est pas nécessairement égale à un appel Bing facturé ;
  • les unités de facturation peuvent différer selon les catégories de recherche, les verticales et les clauses du contrat ;
  • le contrat de syndication est négocié ;
  • les recettes publicitaires compensent en tout ou partie le traitement des requêtes.

2019 : le partenariat devient public

Le communiqué commun de Microsoft et Qwant du 17 mai 2019 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://news.microsoft.com/fr-fr/2019/05/17/microsoft-qwant/ (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) officialise un partenariat comprenant :

  • les recherches algorithmiques de Bing ;
  • Microsoft Advertising ;
  • des capacités de calcul Azure ;
  • l'affichage de Qwant parmi les options préremplies d'Edge.

Le communiqué ne publie ni prix par requête, ni minimum garanti, ni taux de partage publicitaire. Il confirme cependant que la relation économique dépasse largement l'achat d'une API publique.

2024-2025 : Qwant décrit lui-même une dépendance contractuelle intégrée

En novembre 2024, Qwant saisit l'Autorité de la concurrence contre Microsoft. La décision rendue en 2025 révèle que Qwant contestait notamment l'exclusivité publicitaire, la vente liée des résultats organiques et payants et les conditions de monétisation de son trafic.

L'Autorité rejette la saisine faute d'éléments suffisamment probants, mais son instruction rend publique l'architecture économique utile à ce calcul : le prix des résultats organiques est abaissé parce que Microsoft monétise les annonces et partage une partie des recettes avec Qwant.

La formule arithmétique est juste

La formule des notes est correcte :

coût catalogue = nombre d'appels facturables / 1 000 × prix pour 1 000

Ainsi :

2 600 000 000 / 1 000 × 7 USD = 18 200 000 USD

Le problème n'est pas la multiplication. Le problème est l'identification de chacun de ses termes avec la réalité contractuelle.

Le cache, le déploiement et la facturation restent à quantifier

Pour transformer 18,2 millions de dollars en coût réel 2016, il faudrait encore prouver simultanément que :

  1. les 2,6 milliards de recherches revendiquées correspondent exactement à 2,6 milliards de transactions Bing facturées ;
  2. aucune recherche comptée n'a été servie par le cache sans nouvel appel facturable ;
  3. la version et les configurations étudiées ont été effectivement déployées pendant la période calculée ;
  4. Qwant a payé le tarif public de 7 dollars pour 1 000 transactions ;
  5. ce tarif s'est appliqué pendant toute l'année 2016 ;
  6. aucune remise de volume ni convention de syndication n'a existé ;
  7. aucune recette Bing Ads n'a compensé les frais de recherche.

Les sources examinées ne prouvent pas simultanément ces sept conditions. La décision de 2025 contredit directement l'hypothèse d'un simple achat au tarif catalogue sans convention ni contrepartie publicitaire.

Le tarif historique retrouvé n'est d'ailleurs pas uniformément de 7 dollars

La page historique Bing Search API v5 Pricing (ouvre dans une nouvelle fenêtre) (https://azure.microsoft.com/en-us/pricing/details/cognitive-services/v5/search-api/ (ouvre dans une nouvelle fenêtre)) affiche notamment des paliers à :

  • 2 700 dollars par mois pour 1 million de transactions ;
  • 8 100 dollars par mois pour 3 millions de transactions ;
  • soit 2,70 dollars pour 1 000 transactions à ces paliers.

Le tarif de 7 dollars pour 1 000 appels a existé sur certaines offres ou périodes ultérieures, mais il n'est pas démontré comme le prix 2016 de Qwant. Microsoft annonçait d'ailleurs en juillet 2016 la migration depuis les anciennes offres Azure Data Marketplace vers une nouvelle gamme ; cette transition exclut l'idée d'un barème unique et stable appliqué indistinctement de 2013 à 2021.

Trois scénarios catalogue pour 2016, aucun ne constitue le prix réel

Hypothèse de prix public Calcul sur 2,6 milliards de recherches Montant théorique Statut
Ancien palier haut à 2 USD / 1 000 2,6 Md / 1 000 × 2 USD 5,2 M USD Contrefactuel catalogue
Palier v5 à 2,70 USD / 1 000 2,6 Md / 1 000 × 2,70 USD 7,02 M USD Contrefactuel catalogue
Hypothèse des notes à 7 USD / 1 000 2,6 Md / 1 000 × 7 USD 18,2 M USD Contrefactuel haut, non contractuel

Même le scénario à 5,2 millions de dollars est supérieur à l'ensemble des charges externes 2016. Ces scénarios mesurent donc surtout la valeur théorique d'un accès acheté au détail, pas la dépense comptabilisée par Qwant.

4. Ce que le rapport Diane permet de borner

Le rapport Diane original - 7 pages est une extraction datée du 19 octobre 2018, fondée sur les comptes sociaux de Qwant. Il couvre les clôtures 2011, 2012, 2014, 2015 et 2016. Il ne comporte ni exercice 2013, ni comptes postérieurs à 2016, ni ventilation nominative des fournisseurs.

Les postes utiles

Exercice Chiffre d'affaires Autres achats et charges externes Charges de personnel Résultat net Dettes fournisseurs Trésorerie nette
2012 212 527 € 637 327 € 746 554 € -492 574 € 255 153 € 67 552 €
2014 1 203 500 € 1 692 496 € 1 064 531 € -1 140 118 € 311 047 € 1 537 721 €
2015 101 750 € 2 349 504 € 2 233 007 € -4 057 038 € 1 105 409 € 16 374 €
2016 509 788 € 2 362 053 € 3 308 164 € -3 743 953 € 1 320 397 € 767 €

La borne comptable forte

Si les sommes payées à Microsoft pour Bing étaient enregistrées normalement comme service externe dans les comptes sociaux de Qwant, alors :

coût Bing + autres fournisseurs ≤ autres achats et charges externes

La dépense Microsoft était donc nécessairement inférieure à :

  • 1,692 million d'euros en 2014 ;
  • 2,350 millions d'euros en 2015 ;
  • 2,362 millions d'euros en 2016.

Il ne s'agit pas d'une estimation du coût Bing, mais d'un plafond absolu avant ventilation, car ces montants incluent aussi tous les autres services extérieurs.

Pourquoi 18,2 millions de dollars en 2016 est incompatible avec Diane

Le montant avancé par la note préparatoire représente :

  • environ 7,7 fois tous les achats et charges externes 2016 ;
  • plus de 35 fois le chiffre d'affaires 2016 ;
  • davantage que le total du bilan, qui s'élève à 10,425 millions d'euros.

Une dépense annuelle de cet ordre ne peut pas être lue dans les comptes reproduits par Diane. Pour la soutenir, il faudrait produire une pièce comptable expliquant un autre périmètre, une prise en charge par une autre société, un traitement comptable particulier ou un financement direct par Microsoft. Aucune pièce de ce type n'est présente dans le corpus analysé.

Rapport Diane, page 1 : chiffres clés de Qwant et série 2011-2016

La page 1 donne le chiffre d'affaires, le résultat net, le bilan, l'effectif et les principaux ratios.

Rapport Diane, page 3 : compte de résultat, achats externes, personnel et résultat

La page 3 est la pièce centrale : elle porte les 2 362 053 euros d'« autres achats et charges externes » en 2016.

Rapport Diane, page 2 : bilan de Qwant, dettes fournisseurs et dettes financières

La page 2 permet de confronter les scénarios au total du bilan et aux dettes fournisseurs.

Rapport Diane, page 4 : fonds de roulement, besoin en fonds de roulement et trésorerie

La page 4 fait apparaître une trésorerie nette de 767 euros au 31 décembre 2016.

Données utilisables

Les deux notes contiennent des éléments réutilisables, à condition de les requalifier :

  • la formule générale d'un coût par appel ;
  • les volumes publics de 2016 et 2018 ;
  • l'idée de tester plusieurs prix unitaires ;
  • la nécessité de rechercher le prix négocié réel ;
  • la distinction entre coût API brut et coûts internes d'infrastructure.

Données ou raisonnements à corriger

Énoncé des notes Problème Formulation corrigée
« Qwant a payé 1,122 milliard de dollars à Microsoft » Aucun contrat, aucune facture et aucun compte ne l'établit « L'application mécanique de 7 USD / 1 000 à 160,3 milliards de requêtes produit un scénario catalogue de 1,122 Md USD »
30, 45 et 55 milliards de requêtes en 2019-2021 Volumes explicitement extrapolés Ne pas les présenter comme des volumes observés
Chaque recherche Qwant égale une transaction Bing facturée Dans les tags de décembre contrôlés, 100 % des résultats organiques Web non vides de ce chemin sont d'origine Bing, cache compris ; mais le taux de succès du cache, le déploiement et l'identité entre « recherche » publique et unité contractuelle ne sont pas quantifiés Distinguer origine du résultat, recherche utilisateur, réponse du cache, appel réseau et transaction contractuellement facturable
7 USD / 1 000 stable de 2016 à 2021 Le prix dépend de la version, du palier et surtout du contrat Présenter plusieurs tarifs publics historiques, jamais comme prix Qwant
Le coût réel vaut deux à trois fois le coût API Multiplicateur sans source Chiffrer séparément personnel, hébergement et fournisseurs quand les comptes le permettent
2019 : Qwant aurait 11,5 % du marché français ; 2021 : 21,2 % Déduction à partir d'un dénominateur figé et de volumes mondiaux Supprimer : ces parts de marché ne sont pas établies
Google France aurait traité 1,84 billion de requêtes en 2016 Confusion entre volume mondial et part de marché française Supprimer ce contrôle de cohérence
« fraude documentée », « dol » La qualification pénale ne découle pas du seul calcul Distinguer dépendance technique, économie du contrat et éventuelles qualifications juridiques

Pourquoi le total 2016-2021 de 160,3 milliards n'est pas une base probante

Sur les 160,3 milliards de requêtes utilisés par la note :

  • 2,6 milliards pour 2016 sont présentés comme un volume public ;
  • 9,7 milliards pour 2017 sont repris sans source primaire dans la note ;
  • 18 milliards pour 2018 sont confirmés comme déclaration de Qwant ;
  • 130 milliards, soit plus de 81 % du total, proviennent des seules extrapolations 2019-2021.

Le montant final de 1,122 milliard de dollars cumule donc :

  1. un volume majoritairement extrapolé ;
  2. l'extrapolation à toutes les dates, verticales et recherches publiques de la dépendance à Bing établie sur le chemin et les tags contrôlés de décembre 2016 ;
  3. un appel facturable supposé pour chaque recherche ;
  4. un tarif public supposé constant ;
  5. l'ignorance du contrat négocié ;
  6. l'ignorance du partage des recettes Bing Ads.

Ce résultat peut illustrer le coût d'opportunité théorique d'un achat au détail, mais pas une sortie de trésorerie réelle.

2013-2015

Qwant a utilisé des résultats Bing dès sa phase de lancement selon les éléments techniques et historiques du dossier. Le prix réellement payé n'est pas public. Aux tarifs catalogue alors rapportés, les volumes déclarés auraient représenté environ 1,014 million de dollars en 2013 et 3,2 millions de dollars en 2014. Les comptes 2014 ne montrent pourtant que 1,692 million d'euros de charges externes toutes catégories confondues : Qwant ne payait donc manifestement pas le plein tarif public sur chaque recherche déclarée, ou chaque recherche ne générait pas un appel facturé.

Depuis 2016

Depuis 2016, l'accès doit être analysé comme un contrat de syndication combinant Bing Search et Bing Ads, devenu Microsoft Advertising. Qwant paie un prix négocié pour le traitement de requêtes et reçoit une part des recettes publicitaires. Selon l'Autorité de la concurrence, Bing fournit dans ce modèle les résultats organiques « pratiquement gratuitement » grâce à la contrepartie publicitaire. Les taux étant confidentiels, le coût net exact n'est pas calculable à partir des sources publiques.

Pour l'exercice 2016

Le rapport Diane fixe toutefois une borne : toutes les charges externes de Qwant s'élèvent à 2,362 millions d'euros. Le coût net ou brut imputable à Microsoft, s'il est enregistré dans ce poste, est nécessairement inférieur à cette enveloppe et probablement sensiblement inférieur puisqu'elle comprend tous les autres fournisseurs. Le scénario de 18,2 millions de dollars est incompatible avec ces comptes.

7. Quelles pièces permettraient un chiffrage exact ?

Le montant réel ne pourra être établi qu'avec au moins l'une des catégories de documents suivantes :

  1. contrats Microsoft-Qwant et avenants depuis 2013 ;
  2. grilles de prix négociées par type de requête et par pays ;
  3. factures Microsoft, grands livres fournisseurs et journaux d'achats ;
  4. relevés mensuels du nombre d'appels Bing Search facturables ;
  5. journaux de routage et métriques de production établissant le nombre de requêtes effectivement transmises à Bing ;
  6. relevés Microsoft Advertising indiquant impressions, clics, recettes brutes et part reversée à Qwant ;
  7. comptes sociaux détaillés postérieurs à 2016 et annexes comportant les engagements commerciaux ;
  8. éventuels minimums garantis, crédits Azure, remises de volume ou compensations contractuelles.

La formule d'audit correcte serait alors :

coût net Microsoft = factures de recherche + autres services Microsoft - reversements publicitaires - avoirs et crédits

Puis :

coût net par recherche = coût net Microsoft / nombre de recherches utilisateur

et, séparément :

coût par appel Bing = factures de recherche / nombre d'appels Bing facturés

Ces deux coûts ne doivent pas être confondus.

Sources externes

Conclusion générale

L'accès à Bing a eu une valeur économique majeure pour Qwant : il lui a permis de lancer et maintenir un moteur généraliste avant de disposer d'une autonomie comparable. Mais cette valeur ne doit pas être confondue avec une facture calculée au tarif public.

De 2013 à 2015, les volumes déclarés conduisent à des coûts catalogue supérieurs aux charges externes publiées, ce qui indique l'existence d'un autre mécanisme économique, d'un nombre d'appels facturables inférieur au nombre de recherches, ou d'une combinaison des deux.

À partir de 2016, Bing Search et Bing Ads forment un contrat biface : Microsoft fournit les résultats, monétise les annonces et partage les recettes. La meilleure source publique disponible décrit les résultats organiques comme « pratiquement gratuits » dans cette combinaison.

Dans les versions master étiquetées des 2, 9 et 22 décembre 2016, WebBrain est désactivé pour toutes les locales et aucun crawler, index ou ranking amont autonome n'est établi dans le chemin analysé. Tous les résultats organiques Web non vides servis par ce chemin sont d'origine Bing, directement ou par le cache de sept jours lui-même alimenté par Bing. Le déploiement et le périmètre opérationnel restent à corroborer. Le taux de succès du cache doit être quantifié seulement pour calculer les appels réseau et les transactions facturées, pas pour diluer l'origine Bing.

Cette économie supposait nécessairement la mesure et l'attribution des clics publicitaires. Or l'appel Bing Ads transmettait déjà, avant tout clic, la requête, le User-Agent, le Referer et l'IPv4 tronquée en /24. L'étude conduite par Microsoft Research et Microsoft Corporation sur des journaux Bing avait mesuré dès 2012 une précision de 79,33 % pour reconnaître un hôte à partir du couple User-Agent + IP /24, contre 82,35 % pour un cookie. La CNIL a donc confirmé la qualification techniquement cohérente : ces données étaient pseudonymes, non anonymes.

La conclusion probatoire est donc limitée mais solide :

  • coût exact : non public et non calculable avec les seules pièces disponibles ;
  • 1,122 milliard de dollars : scénario catalogue extrapolé, pas paiement démontré ;
  • 2016 : charge Microsoft nécessairement inférieure à l'enveloppe de 2,362 millions d'euros de charges externes, si elle y est normalement comptabilisée ;
  • tags des 2, 9 et 22 décembre 2016 : 100 % des résultats organiques Web non vides servis par le chemin analysé sont d'origine Bing, directement ou par le cache Bing de sept jours ; déploiement et périmètre opérationnel à corroborer, taux de cache à mesurer pour le seul calcul des appels ;
  • depuis Bing Ads : relation également génératrice de chiffre d'affaires pour Qwant, pas simple surcoût technique ;
  • vie privée : transmission et individualisation technique dès la recherche, avant que l'utilisateur quitte Qwant, puis attribution du clic si une annonce est sélectionnée.
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